CHRONIQUE DES RELATIONS INTERNATIONALES

By Gilbert Tsala Ekani, US Africa News. Updated 2016-05-10

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CHRONIQUE DES RELATIONS INTERNATIONALES
Symbol de la democratie

On croyait que la démocratie était le triomphe de la transparence, de la liberté. Que ce régime permettait ou permettrait à chaque citoyen de donner son avis sur la marche des affaires de son pays, quel que soit son statut.

 

Quoi qu’on dise en réalité, la plupart des pays africains sont allés à la démocratie à pas forcés. Les Mobutu, Bongo Ondimba Omar, Mathieu Kérékou, Houphouët Boigny et consorts se considéraient comme de grands chefs africains qui ne comprenaient pas qu’on puisse contester leur autorité. La démocratie à l’occidentale ne pouvait, à leurs yeux, qu’être une source de division voire de désordre. Mais, on les a obligés à accepter cela par une espèce de chantage. Ce n’est pas tant l’amour des Africains qui préoccupait les pays demandeurs de démocratie, mais plutôt leurs intérêts. Les pays africains ont donc obtempéré et ont fait de la démocratie à la sauce africaine.

 

Tous, apparemment, sont d’accord avec feu Ahmadou Ahidjo, grand démocrate à sa façon qui affirmait: «il n’y a pas d’étalon universel de la démocratie». Et on a donc décidé d’organiser la démocratie chez nous comme chez les Occidentaux. On a même revu les constitutions à cet effet en «gravant dans du marbre» la limitation des mandats. Promis, juré, personne n’allait toucher à cette disposition-là. Et pourtant… On y a souvent touché pour… respecter la démocratie. On a mis en place des commissions électorales souvent indépendantes. On a organisé des élections à échéances plus ou moins fixes mais, chaque fois ou souvent, le peuple a préféré le statu quo. Étonnamment. Partout, il y a eu une victoire écrasante du tenant du titre. Il y a eu ce qu’on baptise maintenant «un coup K.O». Pas question de traîner pour un éventuel deuxième tour, là où il existe. L’affaire se règle dès le premier tour, qu’il y ait dix, vingt ou trente candidats.

 

Le résultat le plus étonnant a été enregistré au Congo Brazzaville, où les opposants attendaient le président Sassou Nguesso au tournant. Attente vaine. Il y a eu le «coup K.O». Au Niger, cela a aussi failli marcher avec le président sortant. Mais lui, a fait très fort en se retrouvant au deuxième tour avec un prisonnier malade de surcroît. Au final, il a même réussi à être seul candidat et a obtenu un score de parti unique. Perturbé par son abondante (et encombrante?) victoire, il a proposé aux opposants de venir au gouvernement, au partage du gâteau national comme on dit. Pourtant le «coup K.O» de l’Ivoirien Allassane Ouattara n’a pas fait de vagues, tant cela semblait logique et plausible. Le second tour au Sénégal avec Wade et Macky Sall a suscité l’intérêt du public. Tout comme celui exemplaire au Bénin entre Zinsou et Talon. Ou encore celui qui a vu Touadera s’imposer en RCA. Cela montre bien que l’Afrique n’est pas maudite, perdue pour la démocratie. Mais, les prochains mois risquent de mettre un bémol à cette affirmation. Au Gabon bientôt, il y aura une élection présidentielle manifestement sous très haute tension. En République démocratique du Congo, c’est la grande incertitude. La tentation est grande de faire sauter le verrou de la limitation des mandats. Au Rwanda, c’est fait et c’est le peuple qui l’a demandé. Il paraît qu’il aurait presque exigé que M. Omar Guelleh reprenne son poste à Djibouti comme le fera sans doute au Tchad Idriss Déby Itno qui a déjà ouvert le parapluie pour les opposants: «après tout, ce n’est pas la fin du monde».

 

En Afrique du Sud, le président Jacob Zuma, lui, a voulu faire comme de nombreux autres de ses collègues africains: utiliser l’argent de l’Etat pour quelques petits plaisirs personnels. Après tout, si le président veut une piscine pour bien gouverner le pays, c’est quoi une piscine? C’est quoi cinq ou six petits milliards? Sauf que la justice sud-africaine, elle, ne plaisante pas. Et on a vu M. Zuma tancé comme un bambin se confondre en excuses. C’était piteux et il aurait dû simplement démissionner. Mais, il a peut-être pensé à ses nombreuses femmes et à tous ses enfants. Il faut faire bouillir la marmite n’est-ce pas?

 

Osons un conseil aux présidents de notre continent. Qu’ils s’occupent de donner cinq choses à leurs peuples: le pain, la santé, l’éducation, l’eau et l’électricité. Ils verront alors lesdits peuples les supplier, supplier vraiment et spontanément de rester. De ne même pas organiser des élections sources de haines et de dépenses. On les priera de rester simplement au pouvoir, «coup K.O.» à vie.

 

Peu importe alors qu’on retrouve après les noms de nos grands chefs dans tous les «panama papers» du monde entier. Personne n’osera réclamer quelque démission. Ce n’est pas des habitudes de chez nous. Au fait, ne doit-on pas se réjouir qu’il n’y ait aucun Camerounais dans cette affaire des panama papers là où les riches vont payer? Pas si vite, il y a quand même 11 million de fichiers, attendons un peu.

 

 

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